- 2 -
Essais de réadaptation
Mon premier flirt
Je refais un essai en classe de philo
Je vais dans une clinique psychiatrique privée
Je vais dans une maison de repos
Je deviens "pion" dans un collège et noue une relation
affective
Au centre de formation professionnelle pour adultes
Au travail !
Je cherche un nouveau thérapeute
Mon thérapeute meurt
J'essaye un thérapeuthe Jungien.
Je me recycle dans la comptabilité
Mon
premier flirt
Ma tante avait une amie qui
avait une fille de mon âge, avec qui je me liai d'amitié.
Elle n'allait pas non plus au lycée, suivait chez elle des
cours par correspondance.
Comme j'étais libre, j'allais souvent la rejoindre, nous
bavardions et nous promenions ensemble.
Nous avions sur la littérature et la société des regards
assez semblables, et une sorte d'intimité s'installa.
Un jour que nous étions chez elle, proches l'un de l'autre,
nos joues se touchèrent, nos lèvres se cherchèrent, et nous
eûmes un baiser très puissant.
Nous devinmes rouges des pieds à la tête, et nous
entendions sa mère arriver dans l'escalier.
Nous avions peur qu'elle s'en apperçoive rien qu'à nos
têtes. Mais elle ne dit rien.
De ce fait, notre amitié fut changée en flirt. Pour moi,
ainsi que pour elle, c'était la première fois.
Mais je voulais davantage, et pas elle.
D'abord, elle se trouvait moche, trouvait qu'elle avait un
grand nez et de trop petits seins.
Elle se cachait le nez de la main, et ne voulait surtout
pas que je touche ses seins.
Un jour je la forçai et touchai quand même ses seins.
Elle me dit "Tu ne m'aimes pas", et dès lors devint froide
à mon égard.
A mon grand étonnement le baiser que je lui fis ensuite
n'avait plus de saveur, et même elle me mordait, sans doute
parce qu'elle m'en voulait.
Je ne retrouvai jamais la saveur et la puissance de ce
premier baiser, c'est encore un de mes grands regrets.
Il y eut aussi un autre litige : Une fois que nous étions
allés nous promener au bord de la rivière, nous nous
allongeâmes sur la rive, et elle voulut se mettre sur moi.
Sentis-je ma prééminence de mâle mise en défaut ? Toujours
est -il que je n'acceptai pas, et voulus au contraire me
mettre sur elle. elle n'accepta pas non plus, et nous
quittâmes la rivière, fâchés l'un contre l'autre.
La fin de l'année scolaire arrivait et je la quittai pour
retourner à Bordeaux, lui disant que je ne voulais plus
flirter dans ces conditions, mais voulais bien rester ami.
Une fois là bas je lui envoyai des lettres, en y faisant
même des dessins, (ce qui pour moi est exeptionnel, je suis
très mauvais dessinateur), mais elle ne répondait jamais.
Elle me dit que c'était parce que ses lettres auraient été
moins bien que les miennes. Alors j'arrêtai de lui écrire.
Je l'ai revue récemment. Elle a fait des études de psycho
mais ne s'en est pas servie.
Elle vit encore seule avec sa mère, qui est maintenant une
très vieille dame.
Elle ne sort que le soir, car elle ne veut rencontrer
personne.
Quand je lui ai rappelé notre aventure amoureuse, elle m'a
dit que celà n'était rien, rien du tout, que celà était
sans intérêt.
Je ne suis pas d'accord.
Je refais un essai
en classe de philo
A Bordeaux je m'inscrivis
dans un lycée de Banlieue, à Talence, pour éviter de
retrouver l'athmosphère étouffante du lycée Montaigne.
C'était un lycée mixte, ouvert, dans un environnement
boisé, l'athmosphère y était agréable et détendue.
Je remarquai tout de suite que les garçons ne se
comportaient pas aussi bètement et d'une manière aussi
grossière qu'à Montaigne (qui était pour garçons
uniquement).
Ils étaient même très bien, tout à fait normaux. Sans doute
la présence des filles.
J'étais à nouveau en classe de philo. Je n'étais
manifestement toujours pas capable de reprendre des
matières scientifiques du niveau de mathématiques
élémentaires.
Je pensais que peut-être je serais capable de suivre le
rythme plus "soft" de la classe de philosophie.
Mais il n'en fut rien. J'arrivais à suivre les cours, mais
pas à mémoriser, ni à faire les devoirs à la maison.
Au bout de quelques mois j'abandonnai, et se posa à nouveau
le problème du traitement médical.
Je vais
dans une clinique psychiatrique privée
Il fallait trouver quelqu'un
d'autre que le docteur Blanc, puisque ses soins n'avaient
pas réussi.
On m'orienta vers une clinique privée spécialisée en
psychiatrie, Béthanie.
Elle regorgeait de monde, le patron recevait chaque jour un
défilé ininterrompu de malades.
Dès les premiers moments j'eus dans cet endroit une
mauvaise impression.
Je demandai à ma mère de ne pas rester là. Mais elle me dit
"si, reste, il faut tout essayer !". Je restai donc.
Les conditions matérielles étaient plus sélect. Le midi,
celà ne faisait plus cantine, mais restaurant. Nous étions
à des petites tables à deux ou trois, des serveuses
habillées avec recherche nous apportaient des mets
élaborés, chaque fois dans une assiette différente, bien
chaude.
Nous n'étions pas enfermés à clé dans nos chambres et
pouvions aller librement dans le salon et dans le parc
agréablement paysagé.
Nous y faisions des parties de boules, et même une fois un
pensionaire a jeté la sienne trop fort, elle est passée par
dessus le mur et est allée frapper une voiture garée
derrière !
Mais il n'y avait pas l'ambiance joyeuse de l'hopital.
Le directeur n'utilisait pas les mêmes traitements. Il ne
voulait pas de scandale dans sa maison.
Je l'ai entendu le dire texto à une dame qui piquait une
petite crise.
Il la tenait par le bras et l'entraînait fermement vers sa
chambre : "pas de ça chez moi".
Pour garder ses patients tranquilles, il utilisait des
traitements assez forts.
Il utilisait journellement l'électro-choc, et pour ma part
j'eus droit (allez savoir pourquoi ?) au traitement à
l'insuline.
Le matin on me faisait une piqûre d'insuline qui faisait
descendre le taux de glucose dans mon sang, ce qui me
plongeait dans un coma profond. Quand je me réveillais au
bout de quelques heures, on me servait un petit déjeuner
très sucré, que j'avalais avec délectation, et avidité.
C'était le seul avantage que je voyais pour le moment à ce
traitement.
Quand nous avions vu le directeur pour mon admission, il
avait simplement dit que mon cas était très avancé et qu'il
ne pouvait rien promettre quand à une guérison, que
simplement il ferait ce qu'il pourrait.
Il ne donnait pas grand espoir. Celà semblait honnête, mais
peu encourageant.
J'entendis dire qu'on pouvait aller voir le directeur à
tout moment, pour lui parler.
Je profitai de cette possibilité car une grave question me
préoccupait, me torturait, presque : J'étais amoureux d'une
petite fille de cinq ans plus jeune que moi, une fille du
couple chez qui j'avais vécu à l'Ile d'Oléron.
Etait-ce bien correct d'être amoureux d'une fille si jeune
?
Je lui exposai mon problème et il m'écouta (?) de derrière
son bureau, le nez baissé sur ses papiers et en tournant
les pages. De temps en temps il disait, toujours sans me
regarder : "et après, et après ?"
Je fus interloqué de son attitude et avais l'impression de
parler à personne.
Quand je n'eus plus rien à dire, il ne me donna évidemment
pas de réponse et me dit au revoir.
Je n'eus plus jamais envie de lui parler.
J'eus droit à 90 comas insuliniques, un chaque matin
pendant trois mois, et au bout de celà mon état ne s'était
pas amélioré, au contraire : J'avais énormément grossi -
j'étais devenu bouffi - c'était la première fois de ma vie,
moi qui suis naturellement mince, je ne me reconnaissais
pas.
Et surtout j'avais l'impression d'être devenu comme une
sorte de zombie.
Mon cerveau fonctionnait encore moins, et j'avais perdu
l'espoir, j'étais même plutôt désespéré.
Ce n'était pas le directeur qui allait m'en donner, de
l'espoir. A ma sortie, il me dit qu'il fallait renoncer à
l'idée de reprendre mes études. Qu'il fallait que je suive
une formation professionnelle adaptée à mon état, mais
avant que j'aille passer quelque temps dans une maison de
repos.
Je commençai à me dire que la médecine m'avait laissé
tomber, parce qu'en fin de compte elle ne pouvait rien pour
moi, qu'elle avait essayé quelque chose, sans doute un peu
au hasard, et que celà n'avait pas marché, celà avait même
empiré mon état premier.
Je vais
dans une maison de repos
J'atterris dans une maison de
repos dans la tranquille campagne bordelaise.
C'était un grand établissement à l'esprit assez jeune,
j'avais l'impression d'être en colonie de vacances.
Il y avait tous les âges.
Je me retrouvai à partager ma chambre avec un jeune homme
musicien professionnel, pianiste de bar.
Il était agréable et joyeux, et me racontait ses folles
soirées, de type : "cigarettes, alcool et petites pépées".
Il était là parce qu'il s'y était trop fatigué.
Nous faisions la sieste obligatoire tous les après-midis,
nos changements d'activités étaient marqués par de la
musique entraînante au haut-parleur.
Je restai là quelques mois, puis on me dit qu'on ne pouvait
plus rien pour moi, que j'avais atteint l'âge de 20 ans,
que la "sécu" ne me couvrait plus par l'intermédiaire de
mes parents, et qu'il fallait que je gagne ma vie.
Je
deviens "pion" dans un collège et noue une relation
affective
Par relations, mes parents me
trouvèrent une place de "pion" dans un collège près de
Bourges, ma ville natale, à Dun sur Auron.
Celà me plaîsait d'être en relation avec des enfants, mais
en même temps je m'ennuyais ferme dans ce petit bourg de
province qui me semblait totalement désert, et où je ne
rencontrais personne.
En repassant par Bordeaux, j'avais noué une relation proche
avec la fille d'amis de la famille, elle était allée sur
Paris, et j'échangeais une correspondance régulière avec
elle.
Le lien se fit plus fort et j'allai la voir sur place.
Nous eûmes un baiser mais il ne fut pas pour moi "érotique"
comme celui de mon premier flirt, il fut neutre et celà me
troubla.
Y avait-il en moi quelque chose de détraqué dans ce domaine
?
Néammoins le lien affectif était fort et nous continuâmes
d'être en relation, au point qu'à la fin de mon année
scolaire je décidai d'abandonner la surveillance d'internat
pour la rejoindre en région parisienne.
J'allai voir avec elle un conseiller d'orientation qui
approuva nos projets :
Pour moi d'entreprendre une formation en maçonnerie, avec
l'objectif ultérieur de devenir chef de chantier.
Pour elle, de mener à son terme la formation de secrétariat
qu'elle avait déjà entamée.
Au centre de
formation professionnelle pour adultes
Je me retrouvai donc à Lardy,
en grande banlieue sud de Paris, pour apprendre en un an le
métier de maçon.
Jusque là j'avais toujours fréquenté les lycées et
collèges, et je fus très surpris et désorienté de la
psychologie de mes nouveaux camarades de classe.
Ils ne parlaient que d'argent et de choses concrètes.
J'établis cependant des liens très amicaux et solidaires
avec mes compagnons de chambrée et d'atelier, il y avait
une unité entre nous, et c'était très agréable.
Il y avait toutes sortes de personnes, de toutes
nationalités et de tous âges, et ces différences étaient
enrichissantes sur le plan des échanges.
L'ambiance était plutôt gaie et joyeuse.
J'aidais ceux qui ne savaient pas à faire les calculs
arithmétiques de base.
Mais mes capacités logiques étaient toujours très
affaiblies, car à l'examen de fin d'année, il fallut que ce
soit un de mes compagnons qui monte pour moi mon mur de
briques, pendant que l'examinateur (C'était notre
professeur !) tournait ostensiblement le dos.
J'eus de cette façon mon C.A.P. de maçon.
Au
travail !
Le centre de formation n'eut
pas de mal à nous procurer des emplois.
L'industrie du bâtiment était très demandeuse de main
d'oeuvre, et j'intéressais particulièrement les employeurs
par ma culture générale, alliée à ma formation pratique.
Malheureusement je trouvai très pénibles mes premières
expériences.
Mon premier emploi eut lieu avec une entreprise qui
effectuait des transformations au sein des usines Citroën.
On me mit en mains un marteau piqueur. Celà m'épuisait.
Le chef du bureau d'études vint protester nerveusement
contre le bruit. Qu'y pouvions nous ?
Le chantier était très loin de chez moi. J'en demandai un
plus proche.
On me dit que c'était plutôt la règle de travailler loin de
chez soi dans le bâtiment, mais exceptionnellement on
m'affecta à un chantier dans le centre de Paris.
Le chef de chantier fut intéressé de me recevoir, et me
demanda si je savais lire un plan.
Mais il se rendit vite compte que mon esprit était
brouillé, et je me retrouvai rapidement à remplir de sable
à la pelle la bétonnière, et ceci chaque jour.
Je changeai plusieurs fois d'entreprise, mais ne réussis
pas mieux.
Le chef m'avait demandé de lui trouver une planche d'une
certaine dimension, pour terminer son coffrage.
Je mis tant de temps à la chercher, les comparant les unes
aux autres et les mesurant, que quand je revins avec mon
bout de bois, il en avait déjà scié une lui-même et terminé
son travail.
Je me retrouvai face à son regard courroucé, puis ne fus
plus affecté exclusivement qu'au décoffrage, avec un
manoeuvre maghrebin.
J'étais manifestement classé "incompétent" par mes chefs,
et de plus je souffrais terriblement d'isolement, car
n'arrivais à communiquer avec personne.
Ceux de l'encadrement ne dialoguaient qu'entre eux, et je
ne pouvais échanger avec mes compagnons de travail.
Leurs sujets de conversation était :
- leurs performances au travail : ils travaillaient
essentiellement à la tâche et se vantaient donc d'avoir pu
enduire de ciment tant de m2 de mur en tant de temps.
- le sport (celà ne m'intéressait pas du tout).
D'autre part ils étaient surtout portugais ou maghrebins,
et il y avait un problème de langue et de culture.
De plus, souvent, dès qu'ils me voyaient, il me disaient :
"T'es pas un maçon, toi !".
J'étais dès le début catalogué.
Enfin, lors des pauses, et quand j'étais dehors dans mon
habit de travail, les passants ne me jetaient pas un
regard.
J'avais l'impression de ne pas exister, d'être au ban de la
société. C'était peut-être celà le plus dur.
Ni accepté par les maçons, ni accepté par les autres.
Je cherche un
nouveau thérapeute
Entre temps, je m'étais dit
que ma situation de santé mentale ne pouvait plus durer
comme ça.
Il fallait que je fasse quelque chose. Mais que faire ?
Je contactai le professeur Blanc, de bordeaux, le premier
psychiatre que j'avais vu, et dont j'avais gardé un bon
souvenir.
Il n'avait en effet pas réussi à me guérir, mais ne m'avait
cependant pas matraqué, comme avait fait l'autre abruti de
la clinique privée de Béthanie (excusez moi si je règle un
compte !).
Très aimablement il me recommanda à un de ses anciens
camarades de fac, le professeur Denicker à l'hopital Ste
Anne.
Ce monsieur trouva mon cas très lèger (moi je ne trouvais
pas !) et m'orienta vers un de ses jeiunes confrères qui,
disait-il, avait de brillants résultats en psychothérapie.
C'est ainsi que je rencontrai le docteur André Haim.
C'était un homme grand, bien bâti, à la bouille ronde et
joviale, qui avait l'air d'un bon vivant, appréciant la
vie.
Il aimait bien bavarder avec les personnes du secrétariat,
entre deux clients.
J'aurais préfèré quelqu'un de plus sobre, plus discret,
plus intellectuel et plus froid. (en fait, qui aurait
ressemblé aux quelques photos que j'avais de mon père, que
je n'ai pas connu).
Mais je n'avais pas le choix.
Il me proposa d'emblée des entretiens de face à face, avec
pour but d'améliorer mes relations humaines, et me donner
une "image du père".
Le but me convenait, mais j'aurais préfèré une
psychanalyse.
J'avais déjà beaucoup lu les ouvrages de Freud, et j'aurais
bien voulu mettre à jour tout ce qu'il y avait à
l'intérieur de moi, qu'il n'y ait plus aucune ombre.
J'aurais bien voulu connaître le "'pourquoi" de mon
problème, et tout remettre en ordre.
Il me répondit que dans mon cas celà ne convenait pas, car
à un jeune il valait mieux une relation directe de personne
à personne en face à face, plutôt que d'être allongé sur un
sofa avec le psychanaliste en retrait derrière.
Ceci allait mieux pour des personnes plus agées.
J'acceptai donc, et il me précisa en outre que je pouvais
faire et dire tout ce que je voulais, mais que je devais
rester dans le présent, dans ma relation avec lui.
Du coup celà me laissa un peu pantois, car il ne me restait
plus grand'chose à dire.
Je ne le connaissais pas, il ne me plaisait pas
particulièrement, que pouvais-je lui dire de ma relation
avec lui, puisqu'elle n'existait pas encore, et que
pouvais-je bien faire dans ce bureau avec une table et deux
chaises ?
Alors je restai sans rien dire, et ainsi les séances
suivantes.
J'y retournais parce que c'était mon seul espoir.
Je n'étais capable d'envisager rien d'autre.
J'étais face à lui, je me demandais ce que je faisais là,
mes pensées tourbillonnaient dans ma tête.
A cette époque, où je travaillais sur les chantiers, mes
symptômes s'étaient comme exacerbés, et chaque instant de
vie m'était une souffrance.
Je me sentais séparé des autres, isolé derrière mon mur de
verre, mon esprit fonctionnait mal, j'avais l'impression
d'avoir plein de sable dans les engrenages dans ma tête,
celà me faisait comme une douleur physique.
J'avais l'impression que mon corps physique était
inexistant, transparent, comme de l'air, et qu'on aurait pu
passer à travers moi si je ne m'écartais pas du passage.
Mais je donnais comme une apparence de vie, personne ne
pouvait s'en douter en me voyant.
Je ne pouvais bien sûr en parler à personne, et ce cabinet
médical était le seul endroit où je pouvais vivre ça, être
cru et pris au sérieux par une autre personne.
Je me dis qu'heureusement j'avais au moins celà.
J'y allais toutes les semaines, la séance durait une demie
heure.
J'y allai longtemps, régulièrement, année après année.
Le temps passait et je voyais peu de progrès.
J'allai voir un autre psychanaliste conseillé par mes
parents, pour lui demander son avis sur ce traitement.
Il m'interrogea sur le déroulement de mes séances, et
d'emblée me demanda si mon psychothérapeute m'avait fait
parler de l'époque où je me masturbais.
Un peu interloqué, je lui répondis que non.
Néammoins, il me conseilla de continuer cette thérapie.
Je continuai donc, et j'en étais à la septième année.
J'étais arrivé à un grand état de confiance avec mon
médecin.
Comme s'il m'avait fallu tout ce temps pour être sûr qu'il
s'intèresse à moi, malgré que je ne dise rien pendant les
séances.
Il me regardait bien en face, me souriait, et quelquefois
me prenait la main.
Je passais moi aussi le plus clair de mon temps à lui
regarder la figure.
Je détaillais tous les défauts de son visage, trous, poils,
points noirs, etc..., et au milieu de tout celà il y avait
cependant son regard, si sympathique.
Dans ces entretiens muets il se passait quelque chose de
souterrain, comme ces courants d'eau qui traversent la
terre, invisibles, mais pourtant bien là. Si on creuse, on
les trouve.
Cette relation sans mots m'a finalement aidé, en effet, à
améliorer mes relations humaines.
Je me sentais plus en confiance, plus sûr de moi, avec
n'importe qui.
J'étais plus décontracté, plus détendu.
Mais mes symptômes habituels étaient toujours présents.
La tête ne fonctionnait toujours pas parfaitement, la
sexualité non plus.
Mon thérapeute
meurt
Cette veille de vacances,
nous nous quittâmes chaleureusement.
Mais j'étais vaguement inquiet.
Je lui dis : "que deviendrais-je, si je ne vous revoyais
plus ?"
Il me dit que la relation que nous avions développée
ensemble me permettrait à présent d'en développer d'autres,
et que je ne serais plus jamais seul.
Ce fut la dernière fois que je le vis.
Quand je voulus reprendre rendez-vous à la rentrée, la
secrétaire me dit, affolée :
"Comment, vous n'avez pas su ce qui est arrivé au docteur
Haim ?"
Il s'était tué en accident de voiture avec sa femme pendant
l'été.
Je fus comme assomé.
Alors que je venais juste de nouer une relation avec
quelqu'un, la mort me le prenait.
Je pensais être poursuivi par un sombre destin, puisque la
mort m'avait aussi pris mon père, avant que j'aie eu le
temps de développer une relation avec lui.
Je songeai à une répétition.
Cependant il m'arriva quelque chose de curieux, qui adoucit
ma peine :
La nuit, je rêvai souvent que le docteur Haim
m'apparaissait.
Son image était très nette, très intense, il était comme
vivant, j'avais du moins cette impression.
Et il me disait, penché vers moi et me regardant avec sa
chaleur et sa douceur habituelles :
"Ne t'inquiète pas, Yves, ne sois pas triste. Je ne suis
pas mort".
(En écrivant ces lignes, je me mets à pleurer).
On me dirigea vers un de ses collègues, qui l'avait bien
connu, le docteur Thévenot.
Celui-ci était tout à fait l'opposé.
Grand et mince, encore plus décontracté, il arrivait
toujours en retard à ses rendez-vous, sans se presser pour
autant.
Il avait toujours la pipe au bec, et ne disait pratiquement
rien.
Il n'avait pas de gestes de tendresse et de contact comme
le docteur Haim.
Je continuai encore trois ans avec lui, puis n'y retournai
plus, sans prévenir.
Je n'eus plus de nouvelles.
J'essaye un
thérapeuthe Jungien.
Je supportais très mal le
métier du bâtiment, c'était beaucoup trop pénible, je ne
faisais plus que dormir, manger, et travailler, en étant
toujours épuisé, sans pouvoir avoir de vie personnelle.
Aussi je décidai de changer, et trouvai un emploi comme
vendeur en librairie, chez Gibert Jeune.
Je fus affecté au rayon "facultés" et eus enfin des
rapports humains qui me satisfaisaient, avec des collègues
de travail sympathiques et des clients agréables.
Je retrouvais le milieu social auquel j'avais été habitué,
lycéen et universitaire.
Il me passait entre les mains quantité de livres très
intérressants, j'en parlais avec les collègues et les
clients, et je rencontrai ainsi les ouvrages ce Carl Gustav
Jung.
Celà me parla tout de suite, celà me semblait plus clair,
plus profond, plus cohérent, plus intelligent, plus
vraisemblable, que les ouvrages de Freud.
Encore actuellement, depuis tout le temps passé et
l'expérience accumulée, je garde la même considération et
la même adhésion dans le point de vue de Jung.
Cependant, je n'ai toujours pas "capté" quelle méthode
thérapeutique spécifique on pouvait en tirer.
Si quelqu'un peut me répondre, qu'il le fasse.
Mes deux premiers thérapeutes avaient été freudiens, et
leur spécificité était d'être bien branchés, et surtout sur
le premier, sur la sexualité.
Il me ramenait souvent sur "qu'est-ce que je pouvais
éprouver sexuellement envers lui ?"
Ce que j'éprouvais, c'était surtout la peur de
l'homosexualité, et aucune attirance physique particulière.
Il allait même jusqu'à me dire que l'homosexualité, ce
n'était qu'une question de conventions sociales, puisqu'il
y avait des époques où elle était considérée comme non
seulement acceptable, mais faisant partie de la norme
sociale.
C'était quasiment suggèrer que mon non ressenti sexuel
envers lui n'était dû qu'à un refoulement, et n'était pas
un vrai sentiment de base.
Aussi un jour, pour le mettre à l'épreuve et dans doute me
moquer un peu de lui, au moment où nous nous disions au
revoir en fin de séance, je l'embrassai d'une façon appuyée
sur la bouche, comme j'aurais pu embrasser une femme.
Il se laissa faire.
Celà ne me donna pas de sensation particulière, et à la
fin, il me dit "et alors ?", et me fit un discours sur les
vertus de la verbalisation par rapport au passage à l'acte.
Mais nous n'en parlâmes plus et celà ne se reproduisit
plus.
Celà me fit prendre conscience qu'il m'avait fallu une
sacrée dose de confiance en lui pour avoir osé faire ça.
Je me sentais limité par ce cadrage sexuel, et, empli de
mes lectures Jungiennes, qui m'ouvraient un horizon
beaucoup plus vaste, je me mis en quête d'un thérapeute
jungien.
J'en trouvai un à côté de chez moi, qui plus est le
traducteur en français des ouvrages de Jung.
Une personne de référence, en quelque sorte.
Nous eûmes quelques entretiens préliminaires où j'eus
l'impression qu'on se mesurait l'un l'autre, sans s'engager
ni l'un ni l'autre.
Il me proposa des séances de relaxation.
Je me retrouvai avec d'autres personnes à des séances
banales qui ne m'apportaient rien de particulier, au tarif
d'une séance d'analyse.
Celà ne me semblait pas intéressant, et j'arrêtai.
Je fus fort dépité de n'avoir pu suivre cette thérapie
jungienne, et restai quelque temps sans suivi
psychologique.
Mes lectures jungiennes avaient cependant influencé mon
psychisme, car je faisais des rêves différents, plus
intenses et plus profonds, où je croyais reconnaître les
fameux "archétypes".
Pendant ma période freudienne, j'avais noté mes rêves, sans
être capable de les interprèter car ils étaient très
cahotiques et je n'avais pas saisi la "clé" de Freud.
A présent (et encore maintenant) je ne les notais plus, car
je trouvais que les mots ne rendaient pas leur richesse et
leur profondeur, je me contentais de me pénètrer de leur
énergie, d'essayer de les garder le plus possible dans ma
mémoire.
Je me recycle dans
la comptabilité
Au bout d'un certain temps
dans la librairie, je m'ennuyai, et trouvai que je ne
pouvais pas espèrer évoluer assez vite sur le plan salaire.
J'avais aussi le souci de retrouver et exercer mes facultés
intellectuelles, et me mis en quète d'un emploi de bureau.
J'appris la sténo et à taper à la machine, mais étais trop
nerveux et ratai tous les essais d'embauche que je fis.
Je transpirais à grosses gouttes sur mon clavier.
Je me tournai donc vers la comptabilité, et là ce fut plus
facile.
En une semaine de cours particuliers avec un ancien
séminariste un peu fou reconverti dans l'enseignement de la
gestion, j'en sus assez pour trouver un premier emploi.
Je pris des cours du soir et passai mon C.A.P.
J'arrivais à compter mais ma mémoire était toujours très
défectueuse.
J'enregistrais des factures à la main dans le journal
comptable des achats, mais d'une seconde à l'autre, je ne
me souvenais plus ce que j'avais fait.
Il fallait que je sois très organisé, et que dès son
enregistrement effectué, je range vite la facture dans un
tiroir "factures enregistrées", pour ne pas la confondre
avec celles qui ne l'étaient pas encore.
Mon cauchemar était le téléphone.
Je ne me rappelais absolument pas du nom des gens ni de ce
qu'ils faisaient.
Il ne fallait absolument jamais que je réponde au
téléphone, car j'y restais coi, ne sachant que dire, et on
m'aurait pris pour un demeuré.
Heureusement, je travaillais dans une petite société où il
n'y avait qu'une comptable et moi, et elle se chargeait de
tout ce qui était relation avec l'extérieur.
De temps en temps, elle me considèrait un peu bizarrement,
mais était très bienveillante, et, comme nous n'étions pas
débordés de travail, avions le temps d'avoir des
conversations agréables et même profondes.
Cependant au bout de quelque temps là aussi je m'ennuyai.
Je quittai, et trouvai un emploi comme intérimaire.
Celà me distrayait et me changeait les idées d'aller de
société en société.
J'eus aussi l'occasion d'y parfaire mes connaissances
professionnelles.
Celà me permettait aussi, en ne restant jamais longtemps,
d'éviter qu'on ait le temps de se rendre compte de mon
état, et de rester à l'écart des autres.
De plus, comme je ne me sentais pas à l'aise ni dans cette
profession, ni dans ce milieu, je ne pouvais supporter
l'idée d'être embauché pour une durée indéterminée dans une
société.
J'avais besoin de savoir que le contrat n'était que
provisoire, même si quelquefois il était prolongé de
semaine en semaine ou de mois en mois, jusqu'à aller jusquà
un ou deux ans.
Je refusais toujours l'embauche définitive, qui m'était
souvent proposée.
Puis je fus las de toujours changer et pris un poste dans
une société d'import export, très paternaliste et
sécurisante, dirigée par un baron, où tout le monde se
vouvoyait.
Naturellement, je m'ennuyai ferme, et éprouvai le besoin
d'arrèter la comptabilité, de faire quelque chose qui
correspondrait à mes goûts.
Il me fallait du temps pour savoir quoi, me réorienter,
aussi me mis-je en quête d'un emploi à mi-temps.
1968 était passé par là, et moi aussi, je voulais vivre ma
vraie vie.
Cette recherche me mit en contact avec un restaurant
macrobiotique , qui me mit au contact de l'association
"Nature et Progrès", qui cherchait un enseignant pour les
enfants de sa communauté.
C'était inespéré.
J'y allai, mais ils avaient déjà trouvé.
Par contre ils cherchaient un comptable, et je m'arrangeai
avec eux.
Moyennant le gîte et le couvert, je leur faisais leurs
comptes, et je trouvai un autre emploi à mi-temps dans un
magasin de disques et appareils HI-FI.